Pourquoi les relais pensent-ils trop tard à l’ergothérapeute ?
Si les relais pensent à vous lorsque la situation a déjà basculé, votre compétence n’est pas nécessairement en cause. Votre rôle manque peut-être de repères assez concrets pour être reconnu plus tôt.
Être une bonne ergothérapeute ne suffit pas toujours à être appelée au bon moment. La première étape consiste à clarifier les situations où penser à vous.
Vous recevez un appel après une chute. Au moment d’un retour à domicile devenu compliqué. Lorsque l’aidant est déjà épuisé. Ou quand la famille ne parvient plus à compenser les difficultés du quotidien.
Votre intervention reste utile. Mais une question revient : pourquoi a-t-on attendu que la situation devienne urgente pour penser à l’ergothérapeute ?
Ce décalage est frustrant, surtout lorsque vous savez qu’un regard posé plus tôt aurait permis d’anticiper, de mieux comprendre la situation ou d’ouvrir d’autres possibilités.
Pourtant, ce n’est pas forcément un problème de compétence. Et ce n’est pas toujours un problème de visibilité.
Les personnes qui pourraient vous orienter rencontrent parfois déjà les bonnes situations. Elles ne disposent simplement pas de repères assez précis pour les relier à votre intervention.
Vos relais ne peuvent pas reconnaître ce qui reste trop large
Par « relais », j’entends les professionnels, les structures ou les personnes de votre territoire qui rencontrent déjà les situations dans lesquelles votre intervention peut être utile et qui peuvent orienter quelqu’un vers vous.
Ces relais n’ont pas besoin de connaître toute l’ergothérapie. Ils ont besoin de pouvoir reconnaître un moment concret où votre regard devient pertinent.
Or, les formulations que nous utilisons pour présenter le métier restent souvent très larges :
- « J’accompagne l’autonomie. »
- « J’interviens à domicile. »
- « J’aide les personnes à rester indépendantes dans leurs activités quotidiennes. »
Ces phrases sont justes. Mais elles demandent encore à votre interlocuteur de faire lui-même le lien entre une définition générale et la situation réelle qu’il a sous les yeux.
Face à une personne qui commence à chuter, une famille qui compense de plus en plus ou un retour d’hospitalisation mal préparé, saura-t-il spontanément que c’est aussi le moment de penser à vous ?
S’il hésite, le problème n’est pas que votre rôle manque de valeur. Il manque une traduction entre votre expertise et les signes que votre relais peut reconnaître dans sa propre réalité.
Clarifier ne signifie pas réduire votre métier
L’ergothérapie couvre des situations nombreuses et complexes. Vouloir tout expliquer est donc compréhensible : choisir quelques situations peut donner l’impression de laisser de côté une partie importante de sa pratique.
Mais clarifier ne consiste ni à enfermer votre métier dans une case, ni à choisir une spécialisation définitive.
Il s’agit de sélectionner une première porte d’entrée.
Une personne comprend rarement toute la richesse d’un métier en une seule explication. En revanche, elle peut retenir quelques situations concrètes et commencer à associer votre nom à celles-ci.
Vous ne renoncez pas au reste de votre expertise. Vous choisissez ce que vous voulez rendre lisible en premier.
Commencer par les appels arrivés trop tard
Dans Fondations Ergo, la phase « Clarifier » ne commence pas par la rédaction d’un slogan. Elle commence par le terrain.
Vous observez les situations dans lesquelles on a pensé à vous trop tard, trop peu clairement ou seulement lorsque le problème était déjà installé.
Pour chacune, vous pouvez vous demander :
- Quels signes étaient déjà présents avant l’appel ?
- Qui aurait pu les observer ?
- À quel moment mon regard aurait-il été utile ?
- Qu’est-ce qui empêchait la personne de comprendre qu’elle pouvait penser à moi ?
Ce diagnostic permet de sortir d’une impression générale — « les gens ne connaissent pas l’ergothérapie » — pour identifier des situations précises sur lesquelles vous pouvez réellement travailler.
Vous obtenez ainsi une cartographie des situations dans lesquelles votre intervention aurait pu être anticipée.
Choisir trois à cinq situations prioritaires
La deuxième décision consiste à choisir trois à cinq situations prioritaires sur lesquelles vous souhaitez être identifiée.
Il ne s’agit pas nécessairement des situations les plus fréquentes ni de celles qui résument tout votre métier. Ce sont celles où votre regard est particulièrement utile, différenciant et pertinent au regard de la pratique que vous voulez construire.
Par exemple :
- un retour à domicile qui paraît possible sur le plan médical, mais dont le quotidien n’a pas encore été réellement anticipé ;
- des incidents répétés qui semblent encore mineurs, mais qui révèlent une fragilisation de l’autonomie ;
- une famille qui modifie progressivement toute son organisation pour compenser les difficultés d’un proche ;
- une personne qui renonce à certaines activités sans qu’une solution adaptée ait été recherchée.
Une situation prioritaire est utile lorsqu’un relais peut la reconnaître sans devoir maîtriser votre raisonnement clinique.
Le passage de « j’accompagne l’autonomie » à « pensez à moi lorsque… » change profondément la compréhension. Votre interlocuteur ne reçoit plus seulement une définition du métier : il dispose d’un repère qu’il peut relier à ce qu’il observe.
Rendre votre différence compréhensible
Une fois les situations choisies, il reste à expliquer ce que votre regard apporte.
L’objectif n’est pas de prouver que vous faites mieux que les autres professionnels. Il est de rendre compréhensible ce que vous observez, questionnez, anticipez ou mettez en lien de manière spécifique.
Dans une situation de retour à domicile, par exemple, votre valeur ne réside pas seulement dans la proposition d’un matériel. Elle peut se situer dans la lecture conjointe des capacités de la personne, de ses habitudes, de son environnement, de l’aide réellement disponible et des activités qu’elle doit pouvoir reprendre.
Cette différence doit pouvoir être formulée simplement, sans jargon et sans exiger une longue explication de l’ergothérapie.
À la fin de la phase « Clarifier », vous ne repartez donc pas avec une promesse artificielle. Vous repartez avec :
- une cartographie des situations dans lesquelles votre intervention aurait pu être anticipée ;
- trois à cinq situations prioritaires sur lesquelles vous souhaitez être identifiée ;
- un message de différenciation compréhensible par les familles et les professionnels.
Avant de chercher à être plus visible, devenez plus facile à comprendre
Multiplier les publications, distribuer des supports ou prendre davantage de contacts peut sembler être la prochaine étape logique.
Mais si vous ne savez pas encore précisément ce que vous voulez rendre lisible, vous risquez de diffuser plus largement un message qui reste difficile à retenir.
C’est pourquoi Clarifier vient avant Transmettre et Activer dans Fondations Ergo.
On ne peut pas construire des repères de recommandation solides à partir d’un rôle encore trop large. Et on ne peut pas tester efficacement un message sur le terrain tant qu’on ne sait pas ce que l’on veut que l’autre comprenne.
Clarifier ne garantit pas qu’un relais vous recommandera. En revanche, cette étape vous permet de travailler sur ce qui dépend directement de vous : choisir vos situations prioritaires et formuler votre valeur de manière plus reconnaissable et transmissible.
Et si le problème n’était pas votre manque de visibilité ?
Si vous êtes souvent appelée lorsque la situation a déjà basculé, la réponse n’est peut-être pas de parler davantage.
Elle commence peut-être par une question plus précise : dans quelles situations voulez-vous que les bonnes personnes pensent à vous plus tôt ?
C’est l’un des repères que je développe dans le webinaire :
« Comment devenir l’ergothérapeute à qui l’on pense avant que la situation ne bascule »
Vous y découvrirez comment rendre votre rôle plus lisible auprès des bons relais — sans devenir commerciale, sans publier tous les jours et sans chercher à expliquer toute l’ergothérapie à chaque échange.


